Ce week-end, j’étais au World Ayahuasca Forum 2026, à Gérone.
Ce forum réunit des scientifiques, des chercheurs, des praticiens et des représentants de peuples premiers venus du monde entier autour de l’ayahuasca, des plantes, des savoirs traditionnels et des états modifiés de conscience.
Forcément, avec mes études en herboristerie, mon intérêt pour les peuples premiers et les états modifiés de consciences, et mon gouts pour les études en neurosciences, j’avais très envie d’y aller 🤗
J’ai déjà vécu plusieurs expériences avec des psychotropes naturels. Certaines m’ont apporté des choses, d’autres ont été beaucoup moins bonnes. Je n’y allais donc pas pour être convaincue par l’ayahuasca, j’avais surtout envie de comprendre. Comprendre ce que la science observe aujourd’hui sur ces plantes, leurs molécules et leurs effets sur notre cerveau et notre corps, et en parallèle écouter comment les peuples natifs qui travaillent avec elles depuis des générations les utilisent et quelle place elles occupent dans leurs pratiques, leur culture et leur quotidien.
Évidemment, trois jours de forum ne permettent pas de comprendre en profondeur une tradition ou la vision d’un peuple. Pour cela, il faudrait probablement vivre au sein d’une communauté pendant des années, peut-être même toute une vie. Et encore… notre propre compréhension évolue avec notre âge, nos expériences et notre maturité.
Je suis donc loin de revenir en me disant que j’ai compris ces traditions. J’ai pu écouter, observer, confronter différents regards et laisser certaines choses venir questionner les miennes. Et c’est déjà beaucoup.
On ne vient pas forcément chercher l’ayahuasca
Une des choses qui m’a vraiment interpellée pendant les conférences, c’est la place réelle de l’ayahuasca dans certaines pratiques traditionnelles.
Dans plusieurs témoignages, la logique présentée était finalement assez différente de celle que nous pouvons avoir chez nous. On ne va pas forcément voir un Taita, un Icaro, un Curandero en lui disant qu’on veut faire une cérémonie d’ayahuasca. On vient avec un problème, une difficulté, quelque chose que l’on cherche à comprendre ou à travailler, et c’est ensuite lui qui va chercher, selon sa tradition, ce qui semble le plus adapté à la personne.
Et la réponse n’est pas forcément l’ayahuasca. Il a été question de bains de plantes, de fumigations, de massages, de cataplasmes, de diètes avec certaines plantes, d’exercices, de chants, de cérémonies… Cela peut être tout un processus, avec différentes étapes et surtout du temps. Le temps de mettre en place certaines pratiques ou certains rituels, de les vivre, mais aussi de les intégrer.
Et ça, forcément, ça m’a énormément parlé parce que je retrouve cette logique dans les stages que nous faisons. Lors du stage Plongeon par exemple, chaque personne a été accompagnée différemment. En fonction de ce que nous percevions et de ce qui se présentait pour elle à ce moment-là, j’ai construit et canalisé des protocoles et des rituels différents. Pour certains il y avait des bains de plantes, pour d’autres des fumigations, des exercices ou d’autres pratiques. Personne n’a eu exactement la même chose parce que personne n’arrivait avec la même histoire ni avec le même besoin.
Ça m’a ramenée à une question toute simple : est-ce que je choisis une pratique parce que j’ai envie de vivre cette pratique, ou est-ce que je cherche l’outil dont j’ai réellement besoin à ce moment-là ?
Plus j’avance dans l’étude des plantes et dans mes différentes pratiques, plus je constate qu’il n’y a pas une réponse qui fonctionne pour tout le monde et tout le temps. Une plante peut être extraordinaire pour une personne et ne pas être la réponse pour une autre. Une pratique peut nous faire énormément avancer à un moment de notre vie et ne plus être adaptée quelques années plus tard. Et parfois, ce n’est simplement pas le bon moment.
Le fameux cycle d’intégration
On peut vivre quelque chose de très fort pendant un stage, une cérémonie ou un état modifié de conscience, mais ensuite qu’est-ce qu’on en fait ? Comment cela vient prendre place dans notre quotidien ? Qu’est-ce que ça change réellement ? Qu’elles sont les différentes étapes de cette intégration ? Et surtout, chacun aura son propre temps d’intégration.
J’ai trouvé très intéressant de voir qu’aujourd’hui cette question prend une vraie place dans le monde des psychédéliques, avec des personnes, des formations et des structures qui travaillent spécifiquement sur l’accompagnement, la sécurité et l’intégration de ces expériences.
Ça m’a forcément confortée dans notre partage du cycle d’intégration à chaque fin de stage pour expliquer les différentes étapes.
Depuis quelque temps, j’ai envie de proposer un stage plus long. Pas forcément pour faire plus de choses. Au contraire, peut-être pour en faire moins, mais laisser le temps de les vivre, les intégrer.
Du temps pour arriver, pour préparer, pour vivre les pratiques et les cérémonies, pour échanger, pour ne rien faire aussi, pour laisser les choses se poser et commencer à les intégrer avant de repartir.
Parce que finalement, une expérience peut être extrêmement forte et pour autant ne rien transformer si elle reste juste une expérience. Et je crois que c’est aussi une des questions que je me pose aujourd’hui autour des psychotropes naturels. Pour moi, ils peuvent être de vrais outils de travail, notamment lorsque nous tournons depuis longtemps dans certains schémas sans réussir à en sortir, mais je ne crois pas qu’ils soient adaptés à tout le monde, à toutes les problématiques ou à tous les moments de notre vie.
Ce week-end, quand j’écoutais ces conférences, une question est venue me percuter : quel schéma je répète de manière consciente ou inconsciente, dans lequel je me suis enfermée et dont je n’arrive pas à sortir ?
Cette question m’a vraiment parlé parce que je sais qu’il y a des choses que je travaille depuis des années. J’essaye une porte, puis une autre, je comprends certaines choses, j’avance, et parfois je me rends compte que je tourne encore autour du même endroit.
C’est là que je trouve certains états modifiés de conscience intéressants. Pas comme quelque chose de magique, mais comme un outil parmi d’autres qui peut parfois nous permettre de regarder une situation depuis un autre endroit. Et comme tous les outils, parfois ce sera le bon et parfois pas du tout.
Peut-être que ce sera une plante, peut-être une thérapie, un rituel, l’ostéopathie, l’homéopathie, la médecine traditionnelle chinoise ou tout autre chose. Peut-être aussi que ce n’est simplement pas le moment.
Je crois de moins en moins à la réponse unique. Ce que je vois avec les plantes mais aussi avec le corps humain, c’est à quel point tout cela est complexe et adaptable. On peut avoir plusieurs personnes avec la même problématique et aucune ne réagira forcément exactement de la même façon à une plante, à un médicament, à une thérapie ou à une pratique.
Les plantes sont pour moi de véritables magiciennes, des êtres vivants avec des ressources incroyables, mais le corps humain est tout aussi incroyable.
Et forcément, la partie scientifique m’a passionnée
C’était aussi une des grandes raisons de ma présence à ce forum. Ce que j’ai trouvé passionnant, c’est de voir que la science vient parfois mettre des mots et des mesures extrêmement précises sur des phénomènes que certains peuples premiers connaissent, observent et utilisent depuis très longtemps.
Simplement, la science les regarde avec une autre loupe. Elle va chercher la molécule, la cellule, le récepteur, la zone du cerveau ou du corps qui est impactée. Elle va essayer de mesurer ce qui change et de comprendre par quel mécanisme.
Il y avait des recherches autour du cerveau, du système nerveux, de l’inflammation, des effets de certaines molécules, mais également des choses auxquelles je ne m’attendais pas forcément, comme les recherches sur l’impact de la musique sur le cerveau pendant les cérémonies.
En même temps, je trouve forcément cette lecture limitée parce que, dans les pratiques énergétiques et subtiles que j’expérimente depuis plusieurs années, j’ai parfois l’impression d’observer des choses beaucoup plus précises ou plus larges que ce que la science sait aujourd’hui nommer.
Cela ne veut pas dire pour moi que la science a tort, ni que ce que je perçois constitue une preuve scientifique. Nous n’observons simplement pas avec les mêmes outils.
Et c’est justement cet endroit qui m’intéresse. D’un côté des savoirs issus de générations d’observation et d’expérience, de l’autre une science capable aujourd’hui d’aller regarder ce qui se passe au niveau d’une molécule, d’une cellule ou d’une zone précise du cerveau. Et entre les deux, probablement encore énormément de choses que nous ne savons pas expliquer.
Et puis il y avait les peuples premiers
C’est probablement ce qui m’a le plus touchée humainement. Pouvoir écouter des personnes venues de différents endroits du monde parler de leurs pratiques, de leurs plantes, de leur territoire, de leur communauté et de la transmission de leurs savoirs.
Quelque chose revenait régulièrement : une pratique n’existe pas toute seule. Elle appartient à une culture, à un territoire, à des relations, à des ancêtres, à des plantes, à des chants, à une manière de vivre ensemble, mais aussi à un passé, un présent et un futur.
Ce que nous sommes aujourd’hui vient aussi de ce qui était là avant nous et ce que nous faisons aujourd’hui participe à ce que nous laisserons après nous.
Et puis, au-delà de tout ce qu’ils racontaient, qu’est-ce qu’ils étaient beaux ! Mais vraiment beaux. Leurs peintures, leurs plumes, leurs tenues, leurs couleurs… et surtout leur joie de vivre. C’était si beau.
Il y avait énormément de chants et de musique et j’ai trouvé magnifique de voir toutes ces cultures se mélanger. À un moment, des Africains chantaient avec des Brésiliens. À d’autres moments, des personnes qui ne parlaient même pas la même langue se retrouvaient à chanter ou à danser ensemble.
Et la langue, justement, était partout. On entendait de l’espagnol, de l’anglais, du portugais, parfois du français, mais aussi différentes langues autochtones. Parfois je ne comprenais absolument pas les mots et finalement ça n’avait pas tellement d’importance. On chantait, on dansait et quelque chose passait quand même.
C’est aussi là que je me suis questionnée sur la préservation de ces cultures et sur ce qui se passe lorsqu’une pratique voyage et sort de tout cet ensemble. Qu’est-ce qu’on garde ? Qu’est-ce qu’on perd ? Qu’est-ce qu’on transforme ? Comment transmettre sans diluer ? Comment partager sans transformer complètement ? Comment découvrir une pratique sans prendre seulement la partie qui nous intéresse et oublier tout ce qu’il y avait autour ?
Je n’ai évidemment pas les réponses, mais ce sont des questions que j’ai envie de garder avec moi.
Je suis arrivée à ce forum avec mes expériences, mes a priori et ma curiosité. Je repars avec beaucoup de questions, des prises de conscience et l’envie de continuer à explorer ce lien entre les plantes, la science, les savoirs traditionnels et tout ce que nous ne savons pas encore expliquer.
Et forcément, tout cela vient aussi nourrir ma réflexion sur les prochains stages, sur la place que je veux laisser au temps, à l’individualisation et surtout à l’intégration.
Et puis je repars avec quelque chose de beaucoup plus simple : des chants plein la tête.
Et je voulais terminer par un grand merci aux organisateurs de ce forum.
Et ce que j’ai ressenti pendant ces quelques jours allait bien au-delà de l’organisation d’un événement : il y avait cette volonté de créer un espace pour se rencontrer, écouter, partager, confronter des regards différents et donner la parole?
Je mesure la chance que j’ai eue de pouvoir être là.


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